vendredi 10 août 2012

La nécessaire mutation du cerveau humain


Serons-nous capables de diverger ingénument pour le progrès humain? Nous ne pouvons pas persévérer dans la crise postmoderne et le désenchantement cynique ou nihiliste qu’elle a provoquée, comme si c’était une base permanente. Nous ne pouvons pas nous abandonner à l’agitation brownienne de l’humanité. Le temps n’est plus de cultiver le fatalisme comme dans la tragédie grecque ou dans l’Islam. La vie n’est pas non plus un jeu vidéo où tout serait permis et tout serait indifférent. On ne peut pas recommencer plusieurs fois la partie pour s’amuser. Nous ne jouons qu’une fois et il faut gagner.
Le temps n’est plus de jouer au magicien, ni de se prendre pour des chamans, ni d’épater le public avec des jeux de cartes truqués, ou même avec un ordinateur. Il faut en finir avec les illusions et avec l’illusionnisme, qu’il soit archaïque ou numérique. A quoi cela servirait-il de repérer et d’élucider les grands mythes du numérisme, d’en décrire la puissance magique, encore plus grande que celle des anciens chamans, à quoi cela servirait-il, si la mythanalyse n’avait qu’un but théorique de démystification ? La mythanalyse est aussi une pratique dénonciatrice, qui exige l’engagement éthique et l’action.
Elle nous dit qu’il faut en finir avec le seul culte de l’argent et du divertissement. Et qu’il faut maîtriser la puissance du numérique. La situation de l’humanité est trop grave pour que nous continuions à nous étourdir dans les futilités et à fermer les yeux face au scandale permanent de l’extrême misère humaine de milliards d’entre nous sur la Terre. La vitesse du progrès technologique nous oblige à relever d’immenses défis. Nous savons que le sens de la vie ne nous est pas donné d’avance, mais que c’est à nous de le construire.  Confrontés à des problématiques inédites, nous sommes contraints de construire un nouveau sens et décider d’une nouvelle orientation qui puissent nous permettre de poursuivre notre évolution. Tout est encore possible, le meilleur comme le pire.
Mais le temps n’est plus de sauver son âme, chacun pour soi, comme au temps des religions individualistes. Notre destin est redevenu collectif, comme dans les sociétés que nous avons appelées « primitives ». Il nous faut assumer collectivement nos responsabilités humaines. C’est ce que j’appelle l’hyperhumanisme, qui est une conscience augmentée des liens qui unissent les hommes. Nous savons désormais que nous sommes tous dans le même avion, qu’il n’y a pas de pilote venu du ciel ou de l’enfer, et que le temps presse. Il nous faut donc apprendre rapidement à piloter nous-mêmes. Encore faut-il que nous sachions où nous voulons aller et donc que nous donnions nous-mêmes un sens à notre aventure collective, que nous choisissions ensemble une direction et des valeurs que nous puissions partager.
Les enjeux ne sont plus seulement épistémologiques ou sociologiques, mythanalytiques ou esthétiques. Ils sont éthiques. L’objectif prioritaire de notre évolution n’est désormais plus la puissance de la technoscience, qui progressera à coup sûr. C’est un objectif beaucoup plus difficile, qui est humain : la nécessité d’une éthique planétaire. Je n’évoque ainsi, bien entendu que les droits élémentaires de chaque être humain à boire de l’eau potable, à manger à sa faim, à disposer d’un toit et d’une sécurité physique minimale, à recevoir des soins médicaux et une éducation de base. Je ne parle que de ces droits de l’homme si souvent déclarés et constamment bafoués. Cette éthique planétaire est la seule valeur, la seule vérité  qui soit universelle et que nous puissions réaffirmer face au relativisme généralisé de notre temps. La divergence du futur que nous devons assumer n’est pas dans la conception et la rédaction de cette éthique planétaire, déjà connue ; elle est dans la volonté partagée de la faire prévaloir. Voilà le grand défi qui nous parait encore impossible, au point de susciter l’ironie et la risée de la majorité des gens. Mais il est possible d’y parvenir. Par étapes sans doute. Mais avec persévérance. A coup sûr pas par magie, mais avec l’aide sans doute des technologies numériques, qui contribuent à augmenter nos liens humains, notre conscience du sort de tous et du scandale généralisé des violences, des exploitations humaines, des injustices cyniques, de la misère intolérable qui sévissent dans tant d’endroits divers de la Terre. Nous ne pouvons plus dire que nous ne le savions pas. Il faut y mettre fin.  Notre espèce s’est constituée à la suite de nombreuses mutations de notre cerveau. L’éthique planétaire est devenue notre plus grand défi humain, le plus difficile que nous ayons jamais eu à relever, mais le plus important, le plus déterminant de notre avenir. Descendre des arbres et marcher en posture verticale, ou mettre le pied sur la Lune n’est rien en comparaison du défi de l’éthique planétaire.
Certes, on nous objectera que c’est une vue de l’esprit, presque une attitude de désadaptation aux pressions économiques et à la realpolitik. Pourtant, ce défi s’impose à nous non seulement pour des raisons morales, mais aussi pour des raisons de survie, qui sont d’ordre biologique. L’éthique planétaire nous viendra par nécessité, comme notre queue de primate nous a quitté par inutilité. C’est pour cela que je crois à cette mutation de notre cerveau et à l’émergence de l’hyperhumanisme. Si non, je garderais des doutes insurmontables sur notre avenir.

mercredi 25 juillet 2012

Mondialisation ou hyperhumanité




L'hyperhumanisme, ce n'est pas la mondialisation financière. L'éthique planétaire et la religion de l'argent sont les deux pôles opposés de la Terre.

dimanche 1 juillet 2012

La divergence hyperhumaniste



Quel que soit l’impact fulgurant de la nouvelle technoscience sur notre évolution récente, je dirai que notre avenir ne dépend plus tellement de nos futures innovations technologiques : nous sommes assurés qu’il y en aura beaucoup, des spectaculaires, quasiment magiques, qui changeront nos vie quotidiennes. Mais pour garder le contrôle sur notre avenir, face à une technologie instrumentale qui progresse exponentiellement et dépasse les capacités de notre conscience, ou de notre sagesse humaine, qui, elle, n’a guère progressé depuis le néolithique jusqu’à aujourd’hui, pour ne pas hâter le pas vers notre propre autodestruction, avec nos moyens technologiques inédits, il va être nécessaire, une fois de plus, de nous engager davantage dans cette grande divergence de l’éthique que j’ai déjà soulignée. C’est la plus difficile, certainement, de toutes les divergences que nous avons inventées. Mais le progrès de notre éthique planétaire sera fondamentalement beaucoup plus déterminant que celui de nos technologies. C’est d’elle que dépendra désormais principalement notre évolution, et même sans doute notre survie.

vendredi 29 juin 2012

L'hyperhumanisme par les hyperliens numériques

                                                              Hervé Fischer, tweet art       

De la pensée matérielle à la pensée psychique






A l’âge du feu dominaient les énergies dont usait l’homo faber prométhéen pour construire le monde matériel ici-bas, sur la Terre. A l’âge du numérique, dans cette société de l’information que nous célébrons désormais, c’est le code binaire nous permet de développer de nouvelles métaphores, et de créer une nouvelle image du monde. Nous sommes passés d’une étape matérielle, celle de l’énergie constructrice de notre habitat à  une étape psychique de notre évolution, celle de l’agglutinement humain.
Les hommes communiaient jadis dans une vision animiste de l’univers dont ils partageaient l’élan. Ils célébraient collectivement cet esprit selon des rites sociaux, des initiations, des sacrifices et  des danses qui renforçaient les liens organiques de leurs sociétés. Ce mode de socialisation a évolué avec l’apparition des monothéismes, des communautés religieuses, des Eglises, des offices, de la prière, du rite de la communion et de la célébration collective d’un même ailleurs transcendantal, dont Durkheim a fait le nouveau mode de solidarité sociale « organique ».
Aujourd’hui, l’athéisme et la jouissance de la société de consommation semblent avoir amoindri cette solidarité fondamentale de nos sociétés au profit d’un culte nouveau de l’individualisme et de l’égoïsme matérialiste. Chacun se souciant avant tout de son bonheur personnel et basant sa réussite sur une accumulation  de biens matériels, la base familiale elle-même de la solidarité sociale semble avoir éclaté. Nous avons progressivement institué le règne de la machine-outil, l’anarchisme, le chacun pour soi, et le bonheur matériel. Durkheim s’inquiétait de l’émergence de ces solidarités sociales minimales qu’il appelait « mécaniques », qu’il jugeait anxiogènes et dont il soulignait l’anomie, propice à une augmentation des taux de suicides.
Mais le besoin fondamental d’indivision des communautés humaines, le désir sécurisant d’appartenance au groupe a survécu sous les apparences  d’atomisation de nos sociétés. La technologie elle-même a évolué : la machine cybernétique, qui traite des ensembles de données et gère des informations  liées a pris le relais de la machine mécanique. Nous assistons donc aujourd’hui au retour d’un désir d’intégration sociale, notamment dans les nouvelles générations. On ne saurait expliquer autrement le succès des nouveaux médias sociaux et ce qui se présente comme une dépendance aux liens numériques. Ainsi Facebook, notre nouvelle Eglise mondiale va-elle compter bientôt un milliards de paroissiens. Et beaucoup d’entre nous communient quotidiennement sur Twitter. Le matérialisme nous a désaliénés et individualisés. Plus que nous n’étions capables de le supporter. Nous éprouvons aujourd’hui un besoin compensatoire de rétablir l’indivision psychique du corps social auquel nous appartenons, comme des bancs de poissons, comme des nuages d’étourneaux qui évoluent dynamiquement dans l’espace comme un seul être. Cette unité psychique de l’humanité, c’est la réactivation incessante nourricière et apaisante de chaque nouveau-né au corps maternel. Le numérique fait fonction de cordon ombilical. Le psychique s’est réimposé dans notre conscience humaine comme une dimension existentielle irréductible.
Ce retour du psychique s'exprime dans le meilleur comme dans le pire, dans la nouvelle conscience d'une éthique planétaire comme dans les dérives des sectes et les ingénuités de la poppsychologie.

samedi 23 juin 2012

Ecole interrogative en ligne



Pour une pratique philosophique en ligne.

vendredi 22 juin 2012

Un style interrogatif


L'esthétique aujourd'hui n'est pas dans l'esthétisme, mais dans l'éthique. Et l'éthique naît des interrogations de la conscience hyperhumaniste. La force d'expression de l'art tient à la force des questions qu'il soulève.