mercredi 17 juillet 2019

Pour une table rase philosophique


Il est difficile de prétendre ignorer l'histoire et les grands textes de la philosophie pour s'y engager à son tour comme sur un terrain à défricher. Je n'aurais pas cette naïveté. Mais j'ai fait aussi l'expérience assidue de centaines de lectures considérées comme majeures parmi lesquelles tout nouveau philosophe se trouve inéluctablement appelé à choisir les fondements de sa propre voie. La pression est si grande qu'elle semble naturelle. Et de fait, chacun se constitue un panier de quelques idées fondamentales, marxistes, structuralistes, phénoménologiques ou autres, comme des pierres qu'il mêle au mur de base de sa propre construction, s'il y prétend. 
J'ai moi-même ainsi retenu des lectures choisies de Confucius, Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche, Sartre dont le granit m'a semblé consistant. 
Mais force est aussi de constater que ce patchwork philosophique avec lequel on s'arrange pour concevoir une tourelle, un couloir, un étage, quelques salles où se sentir en bon accord, ne permettent pas d'échapper au malaise philosophique. Ce sont des arrangements dont on se réclame, non sans un certain plaisir de lucidité, mais en gardant pleinement conscience du non aboutissement de l'élan de liberté de penser qui nous habite. Tous ces charabias subtils, ces jeux de langage érudits, dans lesquels se perdre comme dans des sables mouvants, qui ont souvent constitué les systèmes sophistiqués de pièges de ces grands philosophes, ont certes généré de savantes thèses, des vocations et des carrières universitaires. Ils ont été aussi des enjeux de pouvoir institutionnels et éditoriaux, auxquels les esprits libres ont rarement eu la force de résister. Je me suis senti bien seul à Normale Sup pour rejeter les terrorismes d'Althusser, Derrida, Lacan, le pouvoir des structuralistes et des linguistes qui m'auraient les uns comme les autres castré. Et cela m'a valu d'être mis à la porte de cette grande institution, dont Jean Giraudoux écrivit un jour: "Si l'École Normale Supérieure est une des rares écoles de l'État dont les élèves soient en civil, elle passe cependant pour leur donner un uniforme à vie, qui est l'esprit normalien."*
Claude Monet rêvait de pouvoir fermer les yeux sur le réel,  pour les réouvrir innocemment, dans un état premier, libéré de toute habitude visuelle et pression culturelle, et ainsi retrouver une vision originelle de la nature.
Je n'éprouve pas d'autre désir que lui du point de vue philosophique. Toute idée de réunir à ma manière les idées connues auxquelles j'adhère le moins mal,  pour ajouter mes propres éléments de maçonnerie, me semble médiocre, comme un pis-aller, sans conviction profonde. 
Et de même que j'ai ressenti au début des années 1970 la nécessité d'une "hygiène de l'art"  qui s'est traduite par "la déchirure des oeuvres d'art" pour instaurer ma propre liberté de pensée et de création, de même, aujourd'hui, j'éprouve la nécessité de refonder ma liberté philosophique, libre des idées qui mont précédé, pour penser notre rapport au monde sur de nouvelles bases, qui me semblent n'avoir jamais été considérées avec détermination par mes prédécesseurs. 
Repoussant toute approche idéaliste, matérialiste, structuraliste ou autre, je choisis mes pierres de fondation, que j'appelle mes postulats d'évidence personnelle:

Tout ce qui est réel est fabulatrice. Tout ce qui est fabulatoire est réel.
Le monde n'est pas une représentation, mais une fabulation.
La gestation de cette fabulation est biologique.
Je ne peux cependant nier la réalité du monde dans lequel je suis immergé: la souffrance et l'éthique planétaire m'obligent à en constater la dure réalité et à m'y engager, non pas comme un rêveur, mais comme un homme d'action. 

Je ne dis pas que je ne retrouve pas sur mon chemin des idées de Confucius, de Spinoza, de Schopenhauer, de Nietzsche, qui m'ont séduit par le passé, mais ce sont des rencontres transversales qui me rassurent. Je ne marche pas dans leurs pas. Eux-mêmes n'ont-ils pas été des philosophes conscients de leur lucidité? 
Comment oser philosopher sans cette liberté, aussi naïve puisse-t-elle être, aussi illusoire que le voeu de Monet, ou que ma déclaration d'hygiène de l'art de 1971, mais qui me permit d'avancer dans ma propre création?
C'est bien ainsi que j'ai été capable de prétendre peu à peu, depuis 50 ans maintenant, avec trop de timidité intellectuelle face à l'indifférence ou au rejet des institutions universitaires et éditoriales, je me le reproche aujourd'hui, que la mythanalyse serait mon chemin, aussi naïf qu'il ait pu paraître aux autres et évident à moi-même.
Le temps est donc venu, avec l'âge, de parachever cet édifice lentement construit et d'en charpenter la toiture. Après la publication de L'Âge de l'humanisme, qui va en exposer la morale planétaire - son engagement le plus important - je dois donc m'y consacrer le plus obstinément, c'est à dire avec mon énergie la plus résolue.

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* Jean Giraudoux, Oeuvres littéraires diverses, Grasset, 1958, p.537.

mercredi 26 juin 2019

Hyperhumanisme. Article sur https://everybodywiki.com/

On peut considérer que l'hyperhumanisme, comme le transhumanisme et le posthumanisme, au tournant du millénaire, constituent des tentatives de renouveler l'humanisme traditionnel bourgeois individualiste discrédité par les guerres et les génocides du XXe siècle en s'appuyant sur l'émergence et la puissance des technologies numériques. Il constitue une option qu'on peut caractériser comme un technohumanisme. Il se fonde sur la multiplication des hyperliens numériques qui permettent de développer une "conscience augmentée" collective, planétaire en temps réel: une situation inédite dans l'histoire de l'humanité. 
Cependant, à la différence du transhumanisme et du posthumanisme, l'hyperhumanisme ne se fonde pas tant sur la puissance de l'intelligence artificielle, sur une "intelligence augmentée" collective, ni sur le développement des biotechnologies pour ouvrir une nouvelle perspective humaniste. Il récuse toute idée de "mur du futur" ou "singularity" (lorsque l'intelligence artificielle égalerait puis dépasserait l'intelligence humaine, et soutient que la technologie numérique favorise paradoxalement le développement de plus de conscience humaine et d'une éthique planétaire. 
Autre différence notable: à l'opposé des trans- et posthumanisme, l'hyperhumanisme considère que le progrès éthique collectif est plus important que le progrès technologique pour l'avenir de l'humanité, tout en soulignant qu'il est plus difficile et plus incertain. En ce sens, l'hyperhumanisme admet être en soi un nouveau mythe, porteur d'espoir, qui s'inscrit dans la suite du mythe de Sisyphe, prônant la persistance et l'optimisme en l'homme malgré le découragement quotidien que lui oppose la réalité. 

Marc Roux, lui-même membre de l'association transhumaniste TechnoProg, relève l'apparition du concept en 2004 [1] "Son initiateur semble être Hervé Fischer, un artiste-philosophe franco-canadien, mais le terme a été repris par le philosophe Jean-Michel Besnier[2] et le biologiste et futurologue Joël de Rosnay"[3]. Définissant l'hyperhumanisme comme "plus d'humanisme grâce aux hyperliens numériques" Hervé Fischer, dans le chapitre 12 "L'hyperhumanisme" de son livre La planète hyper [4] et dans un article paru en 2004 dans la revue Argument [5] intitulé L'hyperhumanisme contre le posthumanisme, oppose le concept d'hyperhumanisme aux thèses du philosophe allemand Peter Sloterdijk[6] et aux théories du transhumanisme et du posthumanisme que développent le britannique Max More, fondateur dans les années 1990 de l'Extropy Institute en Californie et l'américain Ray Kurzweil qui prédit une révolution anthropologique: la Singularity
L'hyperhumanisme est un mouvement d'origine et de culture francophones, tandis que le trans- et le posthumanisme sont d'e signatures anglophones américaines. 

Marc Roux écrit: "Selon Hervé Fischer, c’est d’abord le choix délibéré de remettre l’humain au centre de l’univers. Les humains, sortis de l’évolution darwinienne, possèdent en effet une “liberté cyberprométhéenne de procréateurs de leur univers”[7]. Leur technique comme leur culture, ne s’opposent pas la nature qui leur est consubstantielle. Ils doivent alors assumer les risques de la technoscience devenue le “moteur de l’évolution humaine”, mais se garder de toute rupture pour préférer la continuité humaine. (…) Enfin l’hyperhumanisme valorise, dans une acceptation laïque, la dimension spirituelle de l’humain, et fait l’éloge de la complexité, de la diversité et de la divergence.“[8]Dans Nous serons des dieux (2006), il affirme que l'hyperhumanisme repose sur "la foi en l'homme." "Nous l'appelons l'hyperhumanisme, parce que c'est un humanisme fort et fondé sur les liens de solidarité entre les hommes. (...) Cette foi est suspectible d'inspirer une nouvelle transcendance."[9] Lors de sa conférence au Forum mondial des sciences sociales d'octobre 2013 à Montréal, Hervé Fischer lie les concepts d'hyperhumanisme et de "conscience augmentée favorisée par l'âge du numérique"[10].
Jean-Michel Besnier développe une approche humaniste et critique. Dans un article intitulé "Les nouvelles technologies vont-elles réinventer l'homme? il écrit, évoquant l'idéal d'un homme nouveau: "Les nouvelles technologies réinventent un homme selon leur format et leurs exigences fonctionnelles. C’est ce monde en devenir qui justifie l’impression d’une cassure dans le processus de co-évolution qui décrivait le régime de construction de l’humanité. L’homme nouveau, proclame-t-on, saura s’adapter à ses machines, quitte à devenir méconnaissable. Il satisfera au vœu formulé par Francis Galton, au début du xxe siècle, qui attendait de la biologie qu’elle donne les moyens d’améliorer l’espèce humaine de sorte qu’elle soit à la hauteur des machines."[11]
Le philosophe Luc Ferry prend lui aussi position en critiquant le transhumanisme et le posthumanisme pour leur préférer l'hyperhumanisme. Dans un livre de 2016, sous le titre "La révolution transhumaniste. Comment la technomédecine et l’ubérisation du monde vont bouleverser nos vies", consacrant un chapitre au transhumanisme, "il fait une distinction entre deux courants. D’une part, un transhumanisme « à visage humain », qu’il juge acceptable : il s’agit selon lui d’un « hyperhumanisme », héritier des philosophes français des Lumières, qui croyaient en la « perfectibilité potentiellement infinie de l’être humain ». D’autre part, il identifie un courant plus extrême, le « posthumanisme », qui prévoit « une hybridation systématique homme-machine », combinant la biologie, la robotique et l’intelligence artificielle – ce qui reviendrait à fabriquer« une tout autre espèce », très éloignée de l’Homo sapiens. Le désir d’immortalité passerait ainsi de la religion à la science." [12]
Joël de Rosnay, biologiste et futurologue, reprenant à son tour le concept d'hyperhumanisme, associe plutôt l'hyperhumanisme à l'intelligence collective qu'il juge de ce fait "augmentée": "Imaginons que l'espèce humaine parvienne à faire un saut quantitatif et qualitatif, au-delà du transhumanisme, vers ce que j'appellerai l'hyperhumanisme. Au-delà d’une « philosophie » qui se concentre exclusivement sur l'individu et semble dénier à la collectivité les capacités d’évoluer en complémentarité et en symbiose avec les machines numériques et l'intelligence artificielle, c’est, au contraire, vers la symbiose intégrée et collective que doit se diriger l’humanité. Et c’est là tout le défi que devront relever les Terriens du IIIème millénaire."[13]

Le débat est donc ouvert. Il a pris de plus en plus d'ampleur, opposant généralement les visions américaines techno-optimistes et les points de vue européens plus philosophiques et critiques. Les prises de positions les plus récentes en France viennent du philosophe des sciences Joël de Rosnay. Il lie l'hyperhumanisme à une "intelligence collective augmentée" : "Une autre voie est possible, l’hyperhumanisme. C’est à ce stade que l’intelligence artificielle peut aider à ouvrir une autre voie. Une voie qui permettrait de dépasser le caractère individualiste, élitiste ou égoïste des promoteurs du transhumanisme, c’est-à-dire de considérer l’intégration des humains et leur symbiose plutôt que leur transformation individuelle[14]. À la suite de la publication de son livre Je cherche à comprendre, les codes cachés de la nature, [15] il déclare « Élitiste, égoïste et narcissique, le transhumanisme s’adresse à l’individu et son rêve d’immortalité. (...) l’hyperhumanisme parle à la société et peut conduire à une collectivité mieux organisée, respectueuse, capable de créer une nouvelle humanité. »[16]
On se doit d'observer que l'hyperhumanisme n'a jusqu'à présent pas connu le succès médiatique du transhumanisme ni du posthumanisme, le progrès technologique étant peut-être plus populaire que le progrès éthique. Et plus important encore, les mouvements américains jouissent du support de l'University of Singularity, appuyée par la compagnie Google et l'un de ses inspirateurs les plus reconnus, Ray Kurzweil. 

  1. Aller  Marc RouxTECHNOPROG - le transhumanisme au service du progrès social, FYP editions,  (ISBN 9782364051287lire en ligne)
  2. Aller  Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains : le futur a-t-il encore besoin de nous ?, Paris, Hachette, coll. « Haute Tension », , 216 p. p.(ISBN 978-2213655949) ; Fayard/Pluriel, 2012,  (ISBN 978-2818502822)
  3. Aller  « L'avenir de l'humanité réside dans l'intelligence collective augmentée », sur www.letemps.ch
  4. Aller  Hervé Fischer, La planète hyper, de la pensée linéaire à la pensée en arabesque, Montréal, vlb, , 290 p. (ISBN 9782890058590)p. 217-252
  5. Aller  « L'hyperhumanisme contre le posthumanisme : article - Revue Argument », sur www.revueargument.ca (consulté le 28 juillet 2018)
  6. Aller  Déjà en 1999 le philosophe allemand Peter Sloterdijk, lors d'une conférence intitulée “Règles pour le parc humain: une lettre sur l'Humanisme de Heidegger”, consacrée aux relations entre l'humanisme et la génétique, qui est publiée dans l'hebdomadaire Die Zeit, envisageait “la domestication humaine”. On lui attribue le premier usage du concept de "posthumanisme".
  7. Aller  Hervé Fischer, CyberProméthée ou l'instinct de puissance, éditions vlb, Montréal, 
  8. Aller  Marc Roux, TEHNOPROG – le transhumanisme au service du progrès social, p. 143 sqq
  9. Aller  Hervé Fischer, Nous serons des dieux, Montréal, éditions vlb, , 281 p.(ISBN 9782890059436)p. 251- et suivantes
  10. Aller  « Forum mondial des sciences sociales, Montréal, 2013, Cahier spécial du journal Le Devoir »
  11. Aller  Jean-Michel Besnier, « Les nouvelles technologies vont-elles réinventer l'homme? », Études, 2011, 6, tome 414,‎  (www.cairn./revue-etudes-2011-6-page-763)
  12. Aller  « Transhumanisme et ubérisation. Une origine, deux destins. », sur lemonde.fr
  13. Aller  « Une autre voie est possible: l'hyperhmanisme »
  14. Aller  Joël de Rosnay, « Intelligence artificielle : le transhumanisme est narcissique. Visons l'hyperhumanisme », leplus.nouvelobs.com,‎  (lire en ligne)
  15. Aller  Joël de Rosnay, Je cherche à comprendre les codes cachés de la nature,édition Les liens qui libèrent, 2016.
  16. Aller  Entrevue avec Gabrielle Lefevre,  https://blogs.mediapart.fr/gabrielle-lefevre/blog/170218/du-trans-au-post-jusqu-l-hyper-humanisme, jeudi 20 octobre 2016. Voir aussi: Caroline Lachowsky, Pourquoi viser l'hyper-humanisme? Entrevue de Joël de Rosnay du 11 janvier 2017 sur Radio France International

L'hyperhumainsme (Wikipedia)

Extrait de l'article Post-humanisme, encycloédienWikipedia.

"La post-humanité doit-elle conduire à redéfinir l'humain et à une réécriture de notre société ou plutôt à un retour à l'animal biologique?
"Le vieil humanisme reste-t-il une philosophie pertinente, 
ou doit il être ressourcé, réinventé, voire abandonné? 
Hervé Fischer oppose dans un article de 2004 de la revue québécoise 
Arguments ce qu'il appelle l'hyperhumanisme ("Hyper pour plus 
d'humanisme grâce aux hyperliens qui augmentent 
la conscience planétaire en temps réel") aux trans- et posthumanisme 
qu'il considère comme des utopies technologiques toxiques.*

*Revue Arguments 
L’hyperhumanisme contre le posthumanisme
Un texte de Hervé Fischer
Dossier : Humanisme et technique
Thèmes : HumanismeScienceSociétéTechnique
Numéro : vol. 6 no. 2 Printemps-été 2004

Mac Roux, Technoprog: le technoprogressisme français est-il un hyper humanisme?


Jean-Paul Baquiast, Transhumanisme et intelligence artificielle

Image de l'histoire pour hervé fischer,hyperhumanisme de Transhumanisme et intelligence artificielle (Communiqué de presse) (Blog)

Transhumanisme et intelligence artificielle (Communiqué de presse) (Blog)-20 avr. 2016
Faut-il parler de posthumanisme, de transhumanisme ou, comme le suggère l'artiste-philosophe québécois Hervé Fischer, d'hyperhumanisme ...




Le grand ennemi de ces pseudo-sciences est le darwinisme et tout ce qui, dans la science, semble contredire la littéralité des textes religieux. Face à cette offensive conservatrice et religieuse, Jean-Paul Baquiast en appelle à un nouveau matérialisme, beaucoup plus radical que son prédécesseur, plus solide aussi car appuyé sur les derniers acquis de la science.
Le devenir de l'humanisme
La question du devenir de l’humanisme, abordé dans la dernière partie de cet ouvrage, est cruciale. Né et développé à la Renaissance avec la redécouverte de la civilisation gréco-romaine, l’humanisme reste-t-il pertinent pour penser le monde qui vient dans lequel le concept d’humanité est peut-être dépassé ?
Que faut-il en garder ? Faut-il parler de posthumanisme, de transhumanisme ou, comme le suggère l’artiste-philosophe québécois Hervé Fischer, d’hyperhumanisme ? Longtemps force de progrès et de résistance à l’obscurantisme religieux, l’humanisme vieillissant de notre temps, s’il n’y prend pas garde, s’expose paradoxalement à devenir une force conservatrice et anti-scientifique alliée aux forces rétrogrades des Eglises et des intégrismes qui ont pourtant toujours été ses ennemis.  
Il est vrai que l’avenir peut faire peur. Car la posthumanité, caractérisée par un homme augmenté, à l’abri des maladies, voire de la mort, sera le sort d’une minorité, celle qui disposera des moyens économiques lui permettant d’y parvenir. Cette posthumanité définira ses propres valeurs et codes moraux, applicables à elle seule. Comme dans le film Elisyum, l’humanité restera le sort de la masse. Mais une humanité pauvre, malade, sous-développée et exploitée. Sous elle se développera une non-humanité, composée de robots et des humains que l’on souhaitera excommunier et rejeter dans cette catégorie pour s’en débarrasser. 
Ce monde effrayant, raciste et ségrégationniste que ne renieraient pas Hitler et les nazis n’est pas une fatalité. Le pire n’est pas forcément à venir. Mais encore faut-il que l’humanisme contemporain, s’il veut se survivre et innerver de ses valeurs l’organisation future des sociétés, sache adopter les bonnes lignes de conduite intellectuelle. La première est d’entendre ce que nous dit la science et comprendre les possibles vers lesquels elle nous mène. La deuxième est de revisiter ses fondamentaux afin de les distinguer des postures figées l’empêchant de penser les temps présents et à venir à l’aune de ses véritables valeurs, basées sur la rationalité, la connaissance, l’éducation, l’ouverture à l’autre, le libre arbitre et la dignité égale de tous les êtres humains. Un champ immense d’investigation s’ouvre à l’humanisme.
Alors que le premier humanisme a été l’affirmation de l’individu arraché à ses chaînes d’appartenances sociale et religieuses, l’humanisme de demain devra être celui de l’ouverture aux réseaux d’échanges et aux chaînes de solidarité, ainsi qu’une plus grande communion avec ce qui n’est pas humain au sein de la nature comme, un jour peut-être, au sein du monde de l’artificiel.
Pour partie, le monde qui vient sera ce que nous en ferons. Encore faut-il avoir le courage de le regarder en face. Du courage, oui ! D’abord, car cela demande un effort. Au-delà des œuvres de sciences fiction, au-delà des prophéties poétiques ou cauchemardesques des vulgarisateurs, il convient de prendre connaissance avec précision de ce que nous dit la science. Ce qui, dans un pays comme la France où la culture scientifique de base est très modeste,est déjà en soi un défi. Du courage, ensuite, car il faut oser questionner ses certitudes et ses schémas usuels de pensée. Il faut être prêt à déconstruire ses représentations pour mieux en construire de nouvelles en phase avec le présent et l’avenir.
C’est à un tel effort, au fond profondément démocratique et reposant sur une réelle confiance en l’homme, que nous invite Jean-Paul Baquiast dans son essai. 

mardi 4 juin 2019

Jean Viard, L'Implosion démocratique


J'ai beaucoup aimé ce nouveau livre de Jean Viard, un de nos meilleurs sociologues actuels du temps social, des villes et des territoires, de la gouvernance politique. Un livre lucide, bien informé sur le terrain, bien écrit, d'un homme engagé face à la réalité, face aux mutations qui précipitent les gens ordinaires dans une grande angoisse de l'avenir et les révoltent contre les nantis, les journalistes, les politiques, les intellectuels en France, en Europe, aux États-Unis, au Brésil et mettent la construction européenne à risque. C'est une des meilleures analyses de l'actualité qu'il nous est donné de lire en ces temps difficiles et qui nous met sur la piste de solutions. 

samedi 6 avril 2019

#CentrePompidou #LEUROPEDESMUSEES

     
Mon intervention en reprenant une toile de 2010 intitulée originellement Sisyphe et la tour de Babel, exposée au Centre Pompidou lors de l'exposition Hervé Fischer et l'art sociologique, juin-septembre 2017.